J'aurais voulu être une artiste.

Je ne veux plus aimer toujours mais tous les jours.

"Je pris rendez-vous avec Fanfan pour le samedi soir et réservai la meilleure table d'un petit restaurant qui se trouvait sur la rive droite de la Marne, à vingt minutes du centre de Paris. La terrasse s'avançait sur le fleuve et n'était éclairée la nuit que par des bougies. Un endroit d'ombre et d'eau.
Dans ce cadre, à lui seul presque un aveu, j'entendais faire une cour appuyée à Fanfan sans jamais m'ouvrir tout à fait. Mon programme serait de me répandre en attentions équivoques que mes paroles ou mes omissions démentiraient. Je désirais que cette soirée fût un jeu de subtiles frustrations mêlées d'instants où tous les espoirs lui paraîtraient permis.

On s'étonnera peut-être de me voir ainsi régler ma conduite; les amoureux ne s'abandonnent-ils pas habituellement à l'ivresse de leurs emportements ? Sans doute. Mais il y a toujours eu en moi un calculateur doublé d'un être sincère. J'allais, certes, avoir recours à une tactique, mais avec candeur. J'avais une authentique passion pour les manèges de l'amour, auxquels je ne me suis jamais livré qu'en tremblant.
Je n'étais d'ailleurs pas certain d'agir selon mes intentions. Prévoir mes attitudes loin de Fanfan n'était guère difficile. A l'exécution, l'exercice serait autrement plus ardu. Qui sait si son regard ne me dépouillerait pas de ma volonté ? Je pensais cependant être capable de tempérer mes élans. Je voulais le croire."

~ Alexandre Jardin, Fanfan





Mademoiselle Liberté fait encore des siennes ce soir.

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